La Défense. Larme de béton figée sur l'arcade lissée de la Seine. La Grande Arche, monstrueux monument dédié au vide, du haut duquel vingt ans de capitalisme nous contemplent. Inlassablement, ses ascenseurs ovoïdes charrient, le long d'un réseau de filins métalliques, des touristes en masse, bourdonnants d'une multitude d'idiomes hétéroclites. Cette culminante Babel les happe, les engloutit dans le silence religieux des cimes. En contrebas, le long défilé de l'esplanade fend une forêt de flèches futuristes lancées à l'assaut du ciel. On pourrait entendre le crépitement des claviers, le chant dissonant des finances en action. A l'assaut du monde qui vacille, conquis déjà.
Cette bacchanale où l'on se vautre lascivement dans l'adoration collective du nombre d'or déshumanise peu à peu cette population homogène. Ici, les différences sont gommées, digérées. Il suffit de jeter un oeil sur le parvis, jalonné de restaurants « light and soft » pour hommes d'affaires adipeux ou jeunes cadres dynamiques « bobybuildés ». Chassé-croisé sans fin de costumes sombres et de tailleurs impeccables. Va-et-vient inlassable, rythmé par les talons des femmes haut perchées qui passent, affairées, sans langueurs, cheveux et traits tirés, lisses, à l'instar de leurs bureaux, ergonomiques, fonctionnels, tristes, désespérément identiques. Sinistre ballet d'un strict code vestimentaire qui annone son alphabet, d'Armani à Zara. Homogénéité dénuée de sens. On ne rencontre guère que des figures surmontées de masques glacials. Il n'y a pas le choix : se plier pour survivre, se fondre dans la masse, caméléon humain aux grises couleurs l'ère du temps. Ou alors, rejeté à jamais, renvoyé aux affres du chômage avant radiation des listes. Sociocentrisme... ou nouvelle forme de racisme pervers, je ne sais.
C'est ici que je travaille. Chaque matin, je presse le pas, évitant de lever les yeux vers les sommets vertigineux des gratte-ciel qui me donnent le tournis. Je me hisse vers ma canopée de verre et d’acier. Quinzième étage. Surtout, ne pas risquer un oeil en bas.
Nous voici donc parvenus au cœur d’une société de service informatique, dans toute l’étendue de sa hideur. Quelques consultants en attente de « staffing »[1] culpabilisent mollement de coûter si cher à leur employeur sans rien lui rapporter. Les voici déjà mis aux bans de la société. Cependant, ils s’accrochent, ils s’arriment au rocher de l’organisation coûte que coûte. Il est difficile de les distinguer les uns des autres. Tous ont les mêmes rêves luxueux et futiles que leurs collègues plus chanceux, « en mission », de ceux-là mêmes qui rapportent plusieurs centaines d’Euros par jour… Oui, cela rapporte, enfin… Aux actionnaires, ceux qui somnolent paisiblement, satisfaits, au faîte de la hiérarchie, dans une velouteuse obscurité.
Restent les bannis, les indésirables. Serrés les uns contre les autres autour de la table disposée en « U » dressée au milieu de « l’open-space ». Surtout, ne pas trop dépenser pour ces improductifs, telle est la consigne. Ce n'est même pas du bétail. Le bétail au moins, on peut espérer en tirer quelques bénéfices. Tandis que ceux-là...
Je me demande si chaque groupe humain n’a pas besoin de secréter sa masse d’exclus. Histoire de savourer son autosatisfaction à leur contact. Sans doute. Mais personne ne veut l’avouer. Alors gardons un silence qui en dit long. Un silence lourd de sens.
Il y a un quinquagénaire. Dépassé, grisonnant, ventripotent. À mettre au rebus ; dommage qu'il y ait ces lois ! Le droit du travail ! Impossible de s'en débarrasser aussi vite qu'on voudrait. Mais ce n'est pas grave, le droit, allez ! C'est comme le reste, on en fait notre affaire, à plus ou moins brève échéance. C'est que nous sommes voraces, nous autres !
J’ai mal de le voir fouiller dans ses programmes, chercher à comprendre les nouvelles versions du produit, pas tellement plus excitantes que les précédentes. Parfois, il se penche vers moi. Je suis jeune et j’ai de l’expérience. Tout ce qu’il faut pour réussir. Tout ? Vraiment ? Ah bon, tu crois ça ? Non, je ne sais pas, je ne connais pas la dernière version du programme… Pourtant, « lancé en arrière-plan », c’est d’une beauté saisissante… Incroyable, les nouvelles technologie, croyez moi, j’en reviens et encore… Chaque jour un peu plus fourbue !
Il y a deux jeunes gens bourgeonnants, tout frais émoulus de leur prétendue « grande » école de commerce. Embauchés pour presque rien, mais qui seront si vite absorbés dans la masse laborieuse qu’ils comptent à peine. Ils ne sont que de passage, ici. Bien vissés au système, il n’y a vraiment pas à s’inquiéter pour eux. Ils s'autoforment, débordants de bonne volonté. Nul besoin de grignoter le budget « formation » pour eux, n'est ce pas ? Ils s'en sortiront très bien tout seuls. Bientôt opérationnels et « facturables » au centuple ! Tout ce qu’ils absorbent leur est immédiatement profitable. Il n’y a pas à dire, de vrais bons petits soldats du capitalisme. Notre entreprise doit être fière de ses nouvelles recrues. Ils portent déjà bien haut les couleurs de la boîte, d’ailleurs : uniforme sombre, chemise claire bien boutonnée jusqu’au ras du cou, cravate qui se veut un brin originale mais pas trop quand même … En représentation chez un client, en réunion, en « kick off », en « work-shop », en séminaire ou au salon des nouvelles technologies, ils feront vraiment très bien. Adaptables, modulables, flexibles. Du haut de gamme.
Et puis, il y a une femme, la trentaine. Elle se tient un peu à l’écart. Son principal défaut, c’est deux enfants en bas âge. Elle n'est plus suffisamment mobile, pas même « souple » au niveau des horaires. Et puis, elle vient de demander un aménagement de son temps de travail, et semble décidée à s'y accrocher. Non, je ne donne pas cher de sa peau, à celle-là ! On va la laisser mijoter ici, sans connexion internet, sans rien, et l'ennui et le dégoût vont faire le reste. Elle va bien finir par décrocher et aller chercher du boulot ailleurs.
Enfin, tous les autres, de passage, la masse uniforme. Je les écoute... Inutile de les regarder, je sais déjà ce que je vais voir. Il n'est question que de points de vue « politiques » échangés, tous semblables :
– Enfin, oui, c'est vrai, quoi, les retraites... c'est démographique, non ? Et puis, la génération du baby boom… et puis, on ne peut plus payer, les caisses sont vides. Alors franchement, les grèves des transports en commun, cela suffit ! Qu'ils viennent donc faire notre boulot et ils verront bien si leurs plaintes sont légitimes ! De toute façon, il faudrait instaurer un service minimum... le libéralisme a du bon, il faut déréglementer tout ça… dégraisser… arrêter d’asphyxier ces pauvres employeurs avec des charges de plus en plus lourdes … le seul moyen de faire cesser ces délocalisations sauvages… que ces syndicats se taisent une bonne fois pour toutes… on est pris en otages ! OTAGES !
Ils ont bien choisi leur camp, mes collègues. Ils ont sagement avalé la pilule médiatique. La peur au ventre. C'est ainsi qu'ils ont appris à vivre, bien enfermés dans la masse, ils prennent tous la même couleur. Une légion de caméléon. Un autre groupe rêve d'une vie meilleure. Oh ! Non ! Point de changement social, point de partage, point d'amélioration pour les plus démunis, puisque ceux-là ne nous ressemblent pas, ils n'ont pas l'uniforme, ils font l'effet d'un épi inesthétique qui dépasse à la frange de la société... Ils nous faut des loisirs, à nous, le repos du guerrier, l'ultime but du juste ! Une coupe de champagne, le soir, devant son écran plasma et son « home cinéma », qui diffuse le dernier film à la mode, ou une super production estampillée « made in U.S.A. ». Ou encore, une émission de télévision réalité, un semblant de débat stérile ... « Hier soir, j’ai regardé le débat sur les SDF … A moins que ce ne soit sur l’immigration clandestine, je ne sais plus très bien. »
Je m’adresse à mon voisin… Son livre sagement posé au coin de la table en dit long sur sa personnalité et ses intimes aspirations : Comment améliorer vos performances professionnelles en trois leçons. Un titre qui invite à faire un peu de provocation.
– Je suis en train de lire l’autobiographie de Néruda. Un grand poète, une personnalité extraordinaire ! Tu savais qu’il descendait au fond des mines de sel, en Argentine, pour déclamer de la poésie aux ouvriers et les inciter à se mettre en grève ? Et les mineurs en redemandaient, ils partaient tous ensembe, réclamer une amélioration de leurs conditions, Néruda en tête !
Moue dégoûtée du voisin tiré de sa bienséante torpeur. Pas l’ombre d’un doute sur son visage… Et puis toujours, ces conversations à pleurer…
– Pour les prochaines vacances, je partirais bien aux Seychelles ou aux Bahamas. Tu me conseilles quoi, toi ?... Bon, alors va sur l’écran de sélection du programme, clique sur le bouton vert et lance le batch !... Entre nous, vraiment, sans vanité aucune, on vend quand même du service intellectuel de haut niveau !... J’ai passé la nuit à vomir des lignes de code informatique jusqu’aux aurores, nausées matinales, je crois que je suis de nouveau enceinte… Trop chaud la Laponie, surtout en cette saison. Et je ne veux pas le Burkina-Faso, non plus, c’est un pays trop riche, je veux du dépaysement, moi, j’en veux pour mon argent, c’est bien le moins que je me dois !... Splatch ! Patch ! Batch ! Scratsh ! Le programme a des flashs ! Au secours ! Help ! Faut mapper et débugger, je te dis ! Allez, envoie donc une demande de correction en Inde, au service technique de l’éditeur !... Pas tellement besoin de réfléchir pour faire notre métier… Y a qu’à être un peu logique, pas nécessaire de sortir de Saint-Cyr… Les intellectuels se meurent et se noient ! Ben qu’on ne compte pas sur moi pour aller les repêcher ! Ils ne servent à rien de toute façon, sauf à tout contester !... Je n’y comprends rien, je suis trop fertile. Moi, tu sais, il suffit que j’allume mon ordinateur pour me retrouver enceinte ! Il n’y a pas de justice… Il y a tellement de gens qui voudraient ne pas en avoir et qui n’en ont pas, justement !
Enfin, le brouhaha alentour ressemble un peu à ça, ou à autre chose. Le sens des conversations est difficile à découvrir. Il n’existe peut-être pas. J’ai essayé de me faufiler pour le prendre en route. Mais je suis restée sur le bord du chemin. Alors, je me tais, je me demande une fois de plus ce que je fais ici.
Monsieur le directeur des ressources humaines se fait attendre. Cela fait sans doute partie de la stratégie d’intimidation. Pourtant, je me sens sereine et presque soulagée. Évidemment, ils ont bien essayé de me faire changer. Notre boîte est la meilleure, c'est entendu ! Tu ne trouveras jamais mieux, et cela vaut bien quelques petits sacrifices... Non merci, tout bien réfléchi, je frôle l'indigestion... Je ne vais pas en reprendre. En vérité, je n'en puis plus, je ne veux même pas d'une autre boîte.
Et tant qu’on y est, savez-vous que je suis fière d'être différente de vous ? Voici ma faiblesse. L'orgueil que je tire du fait de n'être pas comme vous. Ou ma force. Vous me montrez du doigt, je jubile, j'exulte !
Je suis lasse de renoncer à ce que je suis. Et même de le dissimuler. Je n'en peux plus, je n'en ai plus la force.
Mais le directeur des ressources humaines arrive, un sourire qui se veut bienveillant accroché aux lèvres. Il me fait signe de le suivre dans son bureau, un vaste espace clair, feutré, tout en troublantes transparences destinées à vous remettre à votre place dès le seuil franchi. Quelques lithographies au mur. De l'art abstrait. Un nu bleu de Matisse, un Kandinski, et le sigle de la boîte juste au dessus du bureau. Un gros point rouge surmonté d’un arc de cercle bleu, censé représenter le dynamisme, la réactivité des hommes et des structures. Et puis, de part et d’autre du bureau, des armoires aux couleurs mordorées, où s'alignent des dossiers. Une couleur pour chaque espèce de cas : les litiges avec le personnel, rose bonbon, les affaires classées, noir comme l’oubli, les budgets contentieux, verts comme l’espoir. Monsieur le directeur des ressources humaines est un maniaque, il collectionne les études de cas. On raconte même qu’il a une liste noire dans un caisson cadenassé. Son rêve d’enfance était d’intégrer les renseignements généraux. Pourquoi pas ? Mais s’il avait souhaité devenir pompier ou professeur de gymnastique, comme un tas d’autres gamins, en serait-il là aujourd’hui ?
Costume brun irréprochable, trente-cinq ans tout au plus. Et un visage pâteux surmonté d'une petite mèche un rien ridicule. Histoire d'humaniser ce grand prêtre de l'humain. Et puis, il y a ses yeux. Ironiques, imbus d'eux-mêmes. Confis dans l’orgueil qu’il affiche d’être lui… Monsieur aime à se mettre en avant. Cela se voit tout de suite, dans sa manière de prendre la pause, de vous faire face, vous défiant d'un geste incisif du menton.
Sourire crispé, il me murmure : « Entre », sur un ton qui se veut intimiste, et en même temps sans réplique. Le tutoiement est ici de rigueur, à tous les niveaux de la hiérarchie. Pour nous faire croire que nous sommes tous traités sur un pied d'égalité. Pour fausser les relations. Les conflits ne sont pas les mêmes, selon que l'on tutoie ou vouvoie les « managers ». Il me désigne une chaise d'un geste souple. On maquille volontiers les pires bassesses sous des apparences d'élégance. Et il se met à parler. La voix prend des pauses. Les inflexions reflètent le personnage. Tout en lui m'inspire colère et dégoût.
Quel beau parcours presque sans faille… Monsieur « a fait » sciences politiques ; et sciences politiques l’a surfait, parce qu'il n'a pas réussi le concours de l'ENA. Cet échec le mine, le dévore, le ronge. Surtout cette humiliation, lors des oraux … Les examinateurs qui le couvaient d’un regard méprisant … Chaque soir, en se couchant seul, évidemment, il revoit dans un frisson terrifié ces yeux qui mettent en pièce son orgueil en moins de temps qu’il ne faut pour battre des cils … Alors, il prend sa mesquine revanche ; et il y a de quoi faire, dans son métier. Du monde à virer, des plans sociaux à planifier, de la masse salariale à tirer vers le bas ! Des économies d'échelle à réaliser. Des budgets à rétrécir. Toujours dégraisser !
– Voilà, tu es ici parce que... nous n'allons pas pouvoir te garder parmi nous. Désolé. Tu n'as pas le profil, disons ... pour occuper ce poste.
– Pas le profil ? Ce qui signifie, plus clairement ?
Je ne parviens même pas à masquer l'ironie que je sens monter en moi, incandescente, comme un venin qui me submerge, qui me pousse toujours davantage à affirmer celle que je suis. Celle qui n'est pas comme eux et ne le sera jamais. Je n’ai pas les capacités du caméléon à revêtir les couleurs du camouflage. Je ne peux pas subsister dans ce milieu.
– Eh bien... Tu es incontrôlable, voire ingérable. Tu passes ton temps à tout contester. Bref, on ne peut pas compter sur ton soutien. Ce qui est regrettable, car ton travail en lui-même est irréprochable. Mais enfin ! Imagine un peu ! Si tout le monde agissait comme toi...
Voilà, seconde partie de l'entretien, leçon de morale. Il revêt son étole sacerdotale blanche immaculée et monte en chair… Pour mon édification personnelle. Un Jésuite épris de casuistique. Pour un peu, il me demanderait de faire mon autocritique et de bafouiller un mea culpa en bonne et due forme. Je n'écoute plus. Et puis je déteste ce bureau conventionnel, cet entretien qui tourne au jugement sans appel.
Alors, estimant que je n’ai pas à supporter davantage cette situation humiliante, je me lève, pour fuir au plus vite de l’étroitesse de ces fourches caudines. Cependant, il me rattrape au moment où je franchis le seuil de son bureau : « Attends, on n'en a pas fini, tous les deux ! »
– Il me semble que si. Que peux-tu faire de plus contre moi ? Je n'ai commis aucune faute ! Dommage, ça t’aurait bien arrangé…
Ses yeux s’arrondissent dans un terrible sentiment d’hébétude… la situation lui échappe et son orgueil blessé le fait abominablement souffrir. Malgré l’intense plaisir que je ressens, je ne perds pas de temps à le regarder s’affaisser dans sa confusion.
Alors, je le plante là et je me dirige vers l’ascenseur.
Je laisse derrière moi la masse rampante et uniforme en adoration devant l’impérieuse ascension des capitaux... L’image de leur grande marche, volontaire et déterminée, a remplacé la vieille icône de la chrétienne Providence. Processus irrésistible, inéluctable, iconoclasme revanchard qui aspire à de nouveaux symboles. De la publicité. Oui, partout ! Sur les murs du métro et des cités. La ville en est toute barbouillée. Défigurée. Magie de ces fenêtres internet qui s'ouvrent comme par enchantement sur du rêve à portée de toutes les bourses et de tous les crédits à la consommation. Vespérales images cathodiques sournoisement déposées par les publicitaires et les grandes chaînes de télévision à l'huis de nos rêves. Marchands de sable de l'ère nouvelle qui instillent lentement en nous le sens de ce qui doit être désirable.
Je traverse l'esplanade. Un manège désenchanté de chevaux de bois enroule sa lugubre parade foraine autour de son socle de guimauve. Les mélopées surannées de l'orgue de barbarie sont englouties par le hurlement de haut-parleurs qui diffusent des rythmes techno au pied de la piste de skate. Ici, on vous fabrique de la culture : détail, gros et demi-gros ! Entre cantine et bureau, impossible d'y échapper. Comment résister à la tentation de se fondre dans la masse ? Abandonner à tout jamais cette différence. Gommer la marque du fer rouge. Renoncer à se battre. Pour avoir le sentiment d'aller mieux, d'être aimée. Non pas pour moi-même, mais pour ce masque. Mais parce que l'on m'accepte. Faire enfin partie des leurs ? Non, jamais ! Je n'en ai pas la force. Certains n'ont pas la force de se rebeller. Et moi, je n'ai pas la force de ne pas le faire...
La Défense... Ici, on accueille les jeunes à bras ouverts : la jeunesse « métrosexuelle » à peau dorée des quartiers huppés, venue prendre la relève de papa goûtant une retraite bien méritée, à présent que l'école de commerce des enfants et la cotisation annuelle de l'association des anciens élèves d'icelle ont été rentabilisés.
La jeunesse populeuse des quartiers défavorisés qui hante les allées du centre commercial d'un pas alourdi par l'ennui et le régime « Mc-Do ». Qu'ils viennent tous ici oublier que cette société là les a bannis de son plan providentiel ! Qu'ils viennent se repaître de l'édifiant spectacle des capitaux en action ! Laissez venir à moi les petits enfants, et puis, les adolescents, même les adultes, tant qu'on y est ! Approchez, messieurs, dames, y'en aura pour tout le monde, ou alors, on fera semblant ! Fusionnez moi tout ça en une commune tristesse, en un beau désespoir sans nom... Et puisse toute cette jeunesse aller au Diable dont on dit qu'elle partage le beauté ! Qu'elle se prélasse dans ce morne giron, qu'elle se grise jusqu'à plus soif de la laitance visqueuse jaillie en abondance du sein cubique de ces fontaines futuristes. Mais que rassasiée, elle se tienne à carreau ! On ne veut pas l'entendre, ni même en parler... sauf à en faire le point d'orgue de discours électoraux, de programmes de propagande... pardon... de communication, voulais-je dire... de sujets d'alarme pour le vingt heures, ces morceaux de choix qui font grossir les urnes aux couleurs de la République. Les petites racailles font les grandes rivières démagogiques, c'est bien connu.
Voici que je m'enfonce dans les couloirs du métro. Mais point d'ombre, seulement, une lumière factice. Un éclairage au néon glauque qui appelle encore à la consommation, cette fièvre, cette catharsis contre la souffrance de l'uniformité. Pour acheter encore un peu plus d'uniformité. Tristesse…
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